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Al Baas : Lennemi de lintérieur

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Étiquette : syrie

La guerre a créé l’anarchie dans le nord de la Syrie, le Rojava en a fait un projet politique

Ces derniers jours, on a beaucoup parlé du Rojava dans la presse. Tout a commencé le 1er septembre lorsque Mediapart a publié un article sur les revenants des zones de combats situées dans le nord de la Syrie qui, soi-disant, seraient le nouveau cauchemar de la DGSI. Un billet que de nombreux français partis combattre dans cette région se sont empressés de décrier. L’un d’entre eux, André Herbert a même répondu à Mediapart dans un article sur le site Lundi Matin.

Sur le fond, que les services de renseignements surveillent des citoyens partis combattre en Syrie n’est pas nouveau. C’est d’ailleurs au cœur de l’intrigue d’Al Baas : L’ennemi de l’intérieur. Mais si je vous en parle aujourd’hui, ce n’est pas pour vous raconter les corrélations qu’il pourrait y avoir entre la réalité et “ma” fiction, mais plutôt pour vous parler du Rojava, la région syrienne concernée par toute cette affaire… Car il s’y passe des choses très intéressantes depuis quelques temps.

Alors, commençons par le début : qu’est-ce que le Rojava ?

Il s’agit d’une région située au nord et au nord-est de la Syrie, le long de la frontière avec la Turquie, et peuplée à majorité de kurdes. D’ailleurs, l’appellation de kurdistan syrien ou kurdistan occidental est parfois également utilisé pour nommer ce territoire, même si, sur place, mais les kurdes préfèrent employer le terme rojava (qui veut dire “ouest” dans leur langue). Cette région est constituée de deux territoires non contigus (qui ne se touchent pas) : les cantons syriens de Kobané, de Jazira (au nord) et celui d’Afrin (au nord-ouest).

Carte de la Syrie pendant la guerre civile
Territoires du Rojava en jaune sur la carte

La proximité de cette zone avec Alep, la ville la plus peuplée du pays (le canton d’Afrin fait d’ailleurs lui-même partie du gouvernorat d’Alep), explique en partie le fait que les kurdes aient pu s’organiser politiquement dans cette région. En effet, en 2012, commence la bataille d’Alep et le pouvoir baassiste de Bachar El-Assad comme l’Armée Syrienne Libre (les rebelles) – et plus tard l’Etat Islamique -, se sont concentrés sur Alep, délaissant ainsi les régions plus au nord : Afrin, Kobané et Jazira.

C’est ainsi que, le long de la frontière turque, le YPG (Unité de Protection du Peuple), la branche armée du Parti de l’Union Kurde Syrien (PYD), et le YPJ (Unité de la Protection de la Femme) s’emparent de cette région et mettent en place une fédération démocratique, une organisation socio-politique basée sur les théories anarchistes d’auto-gestion.

Combattants de l'Unité de la Protection de la Femme (YPJ) au Rojava

Les kurdes choisissent de proclamer leur autonomie plutôt que leur indépendance. Dans la Constitution du Rojava qu’ils adoptent – aussi appelé Charte du Contrat Social -, l’article 12 stipule que la région demeure une “partie intégrante de la Syrie”. Cette nuance importante est sans doute ce qui explique que la naissance de ce “pays” n’a pas été vu comme une menace pour l’État Syrien, qui a préféré resté concentré sur la bataille d’Alep.

Le Rojava va rapidement s’ancrer au-delà des territoires kurdes qui longent la frontière turquo-syrienne : le YPG et le YPJ ont conquis la région de Raqqa, peuplée d’arabes, en octobre 2017. Puis, quelques mois plus tard, ils perdent le canton d’Afrin au détriment de la Turquie (mars 2018). Ce redécoupage territorial a permis au projet fédéral de s’appliquer sur des populations plurielles et cosmopolites. Aujourd’hui, on retrouve au sein du Rojava des kurdes, des arabes, des musulmans, des syriaques (chrétiens), des baha’is

En quoi l’organisation politique du Rojava est-elle si singulière ?

Les cantons du Rojava ont mis en place une démocratie directe et une gestion égalitaire des ressources sur la base d’assemblées populaires. Cette organisation politique est saluée par bon nombre de militants d’extrême-gauche ou de féministes du monde entier. (C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles de nombreux étrangers – dont font partie les fameux revenants dépeints par Mediapart dans son article – partent combattre dans cette région).

Cette gestion libertaire des territoires est vue par beaucoup d’observateurs comme un modèle de mise en place des thèses de l’anarchie politique avec succès (d’autres exemples existent comme le Chiapas ou le Venezuela). Mais il faut noter que le rapprochement entre la mouvance anarchiste et la Rojava ne date pas de 2014.

Portrait de Murray Bookchin
Murray Bookchin, théoricien du municipalisme libertaire

Pendant des années, Abdullah Ocalan, le chef historique du PKK (Parti Kurde de Turquie), s’est passionné pour les idées de Murray Bookchin, l’un des grands penseurs contemporains du courant libertaire (qui a notamment inventé les notions d’écologie sociale et de municipalisme libertaire). Les deux hommes correspondirent pendant ces années. Inspiré par les idées de l’américain, Ocalan inventa depuis sa prison turque, où il purge une peine d’emprisonnement à vie, le concept du confédéralisme démocratique. Rapidement, cette doctrine se propagea et s’imposa au sein du PKK, puis de son cousin syrien, le PYD, qui le mit donc en place dans les cantons d’Afrin, Kobané et Jazira à partir de 2014.

Alors que la guerre en Syrie continue de faire rage, ce qui se passe dans le nord du pays, dans le Rojava, est très intéressant politiquement. Affaire à suivre donc… En attendant, vous pouvez toujours voyager (sans risques et sans dangers) dans la région, avec le roman Al Baas : l’ennemi de l’intérieur dont l’intrigue débute un peu plus au sud, à Alep. Vous pouvez d’ailleurs découvrir le 1er chapitre gratuitement ici.

Quel bilan pour la guerre en Syrie?

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une ONG, vient de publier un bilan de la guerre civile Syrienne. Ce rapport est riche d’enseignements et nous apprend des choses intéressantes, que je vais détailler dans cet article.

Le conflit a tué l’équivalent de la cinquième ville française.

Si l’on s’en tient au chiffre, depuis son début, la guerre en Syrie a tué un peu plus que l’équivalent de la population d’une ville comme Nice. En effet, d’après l’OSDH, au moins 370 000 personnes ont ainsi perdu la vie dans ce conflit (à titre de comparaison, Nice a 342 522 habitants).

Parmi ces victimes, le tiers ne sont ni des djihadistes de l’Etat Islamique, ni des militaires de l’armée syrienne ou des combattants rebelles ou kurdes. Non, 112 623 personnes sont des civils, dont plus de 21 000 enfants et 13 000 femmes

Les civils sont les premières victimes de la guerre civile en Syrie
Depuis le début, la guerre en Syrie a tué 112 623 civils, dont 21 000 enfants et 13 000 femmes

Pour chaque djihadiste tué, deux civils ont péri.

Autre chose qui saute aux yeux lorsqu’on lit les chiffres communiqués par l’OSDH : cette supposée guerre contre le terrorisme (rappelons que la coalition internationale est intervenue en Syrie afin de combattre l’Etat Islamique) n’a tué “que” 66 000 djihadistes (ce chiffre prend en compte à la fois les membres de Daech, et ceux d’Al Qaïda)…

66 000 djihadistes pour 112 623 civils

Soit un rapport d’un pour deux. Chaque mort d’un membre de l’Etat Islamique ou d’Al Qaïda aura donc pratiquement coûté 2 morts civils. Bon, okay, ce calcul est un peu simpliste, mais cela montre bien qu’il n’y a pas de guerre propre (et sûrement pas de guerre juste non plus).

Au passage, on constate qu’il n’y a pas eu forcément beaucoup plus de morts du côté des forces rebelles et kurdes (67 000) que de djihadistes (66 000). Chez les combattants (hors civils), les plus grosses pertes ont été enregistré du côté du régime syrien, avec 125 000 victimes.

L’intervention de la coalition internationale pose question.

Ces chiffres (notamment l’énorme proportion de civils parmi les victimes recensées) font écho à l’intervention de François-Régis Legrier, un colonel de l’Armée Française, qui a récemment prit la plume dans la rubrique Opinions de la Revue Défense Nationale, afin d’exprimer son point de vue sur la bataille de Hajin dans le gouvernorat de Deir ez-Zor en Syrie (Opération Chammal). Dans cet article, il questionne plus largement l’ensemble de l’action militaire de la coalition anti-Daech, qui, en refusant toute intervention au sol, a conduit les armées occidentales à détruire (inutilement) des infrastructures de la région. Une partie des 112 623 civils tués par ce conflit font donc également partie de ces dommages collatéraux.


Cet article traite d’un thème ou d’un sujet abordé dans un roman d’espionnage Al Baas : L’ennemi de l’intérieur. Découvrez ce polar

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En géopolitique internationale, qu’est-ce que l’arc de crise ?

Si vous aimez les histoires d’espionnage et les polars politiques (ou simplement la géopolitique), vous avez sans doute déjà entendu parlé de l’arc de crise… Cette théorie est un concept géopolitique, comme celui de la guerre juste, que je vous ai déjà présenté sur ce blog. Celle-ci a été théorisée par le politologue américain Zbigniew Brzeziński en 1978, puis reprise dans les années 1980 par l’historien britannique Bernard Lewis.

Cartographie de la théorie de l'arc de crise
© Arte – Le dessous des cartes

Objectif : “Diviser pour mieux régner” sur le Moyen-Orient

La théorie de l’arc de crise repose sur un postulat simple : alors que le monde est plongé en pleine guerre froide, de grandes puissances politiques émergent au Moyen-Orient, que ce soit la Libye de Kadhadi, l’Irak de Saddam Hussein, la Syrie d’Hafez El-Assad (le père de Bachar), l’Iran de Khomeini, ou encore les Moudjahidins d’Afghanistan ou l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) de Yasser Arafat. Pour le monde occidental, cela représente une menace.

Mais Brzeziński et Lewis vont offrir un moyen de contre-carrer cette menace aux Etats-Unis, puis à l’ensemble des pays occidentaux : en “balkanisant” le Moyen-Orient, il est possible de créer des petits États pétroliers qui seront plus facile à contrôler. Un peu comme les Émirats Arabes Unis, le Koweït ou le Qatar, qui se sont toujours montrés très dociles envers les velléités américaines ou européennes.

C’est alors que cette théorie va déboucher sur plusieurs décennies d’interventionnisme militaire et politique dans cette région de la part de l’Occident, que ce soit en Irak, en Afghanistan, en Libye, ou en Syrie.

La théorie de l’arc de crise va rapidement être reprise à son compte par la France

Le concept de l’arc de crise va en effet rapidement dépassé les frontières des Etats-Unis, où il a été inventé. Israël, tout d’abord, va reprendre cette théorie à son compte dans le Plan Yinon, en 1982.

Cette notion va également faire son apparition en France dans le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale de 2008. Mais, du côté de l’Hexagone, cet “arc de crise” va légèrement se décaler vers l’Est (et vers l’Afrique) puisque la définition française le situera dans le Sahel, plus qu’au Moyen-Orient : en France, l’arc de crise ira de la Mauritanie à l’Egypte, en passant par le Mali, l’Algérie, le Tchad ou le Niger. D’ailleurs, le nombre d’interventions militaires de l’Hexagone dans cette partie du monde montre bien que l’Armée française et la DGSE tentent bien de déstabiliser et de “balkaniser” ces États africains.

Carte de l'arc de crise
© Arte – Le dessous des cartes

Aujourd’hui, lorsqu’on additionne les conceptions américaine et française de cet arc de crise, on constate que celui-ci correspond à une zone assez large, qui comprend l’ensemble de ce que l’on appelle le monde arabo-musulman, de la Mauritanie à l’Afghanistan et au Pakistan.


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