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Al Baas : L'ennemi de l'intérieur

La présence française en Syrie et au Liban

Carte des mandats français au Liban et en Syrie

L’explosion dramatique d’un entrepôt dans le port de Beyrouth, causant des milliers de blessés ou de déplacés et des centaines de morts, a conduit des libanais a lancé une pétition pour demander que leur pays soit placé sous “mandat français”. La population, excédée par la gestion calamiteuse de leur pays par leurs élites politiques, imaginent ainsi que l’ancienne colonie française serait mieux gérée par Paris.

Alors que le mouvement Black Lives Matter a (re)placé sous les projecteurs les héritages de la colonisation française, on a tendance à oublier que celle-ci n’a pas eu lieu qu’en Afrique ou en Asie (Indochine). L’Empire colonial français a en effet “administré” le Liban pendant l’entre deux-guerres.

Le mandat français en Syrie et au Liban : 1920-1946

À la fin de la seconde guerre mondiale, l’Empire Ottoman est défait. Ses possessions arabes au Moyen-Orient (le Liban, la Syrie, Israel / Palestine et la Jordanie actuels) sont occupés par les Alliés. Après deux ans d’occupation franco-anglaise, la SDN (Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU) décide en 1920 de confier alors l’administration de ses territoires ennemis occupés à la France et à l’Angleterre sous forme de “mandats” : Paris obtient la Syrie et le Liban (alors divisés en quatre États : État du Grand Liban, État des Alaouites, État d’Alep et État de Damas) tandis que Londres récupère la Palestine et la Transjordanie (qui deviendra la Jordanie et l’Irak).

Ces territoires n’ont pas vocation à être pleinement intégrés dans les empires coloniaux français et britannique. D’après les mandats que leur confie la SDN, ces deux pays doivent administrer ces contrées arabes le temps de les mener à l’indépendance. Pour ce faire, chacune des puissances coloniales choisira une organisation politique qui lui est propre : L’Angleterre mettra en place une monarchie en Transjordanie (d’ailleurs toujours en place, puisque régnant actuellement sur le Royaume de Jordanie) alors que la France optera pour un système républicain.

Si cette période d’occupation occidentale au Moyen-Orient rime avec modernisation de ces territoires (grands projets d’urbanisation, arrivée du tramway… ), il est cependant loin de faire l’unanimité.

Cette présence occidentale exacerbe la montée du nationalisme arabe

Pendant ces mandats, de nombreux locaux voient d’un mauvais oeil la présence de “colons” français ou britanniques. Un peu comme la mainmise occidentale sur le canal de Suez créera les prémices du nassérisme en Égypte, on assiste ici aussi à une montée du nationalisme arabe. Un sentiment qui se concrétisera à l’indépendance dans le parti Baas.

Carte des accords secrets de Sykes-Picot entre la France et l'Angleterre (1916)
Les accords secrets de Sykes-Picot partagent le Moyen-Orient entre les puissances coloniales britannique et française.

Il faut dire que beaucoup critiquent les visées impérialistes franco-britannique sur la région depuis que l’opinion publique connait l’existence des accords Sykes-Picot. Ses accords, pourtant secrets, ont été signés en 1918 entre la France et l’Angleterre et prévoyait un plan de partage de la région entre les deux empires coloniaux. Cet évènement est également considéré comme l’un des points de départs du projet sioniste visant à établir un État juif au Moyen-Orient puisque les Anglais souhaitaient maintenir un “foyer national juif” en Palestine pour s’assurer un certain contrôle sur la région (déclaration Balfour de 1917).

Mais les arabes reprochent aussi (et surtout) aux occidentaux de les avoir trahis et de ne pas avoir tenus leur parole. En pleine première guerre mondiale, des tribus arabes du Hedjaz (aujourd’hui en Arabie Saoudite) se soulèvent contre la présence ottomane dans la région et souhaitent former un état arabe. C’est la “grande révolte arabe” de 1916-1918. Le conflit s’enlisant sur le front européen, les occidentaux y voient là un moyen de déstabiliser l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne et contre lequel ils sont en guerre également. Thomas Edward Lawrence, un officier de liaison britannique alors dans la région de La Mecque, aide les insurgés arabes à prendre les armes. Si “Lawrence d’Arabie” est entré dans la légende, le rôle de la France dans cette révolte arabe est peu connue. Pourtant, dès le mois d’août 1916, Paris envoie sur place une mission militaire pour former les troupes arabes et mener des opérations à leurs côtés.

Soldats arabes avec le drapeau aux couleurs panarabes lors de la guerre du Hedjaz

Si cette grande révolte arabe donna bien lieu à la création d’un état arabe indépendant en 1918 (le Royaume du Hedjaz), son territoire en sera réduit à la côte sud de la péninsule arabique, en raison des prétentions franco-britanniques sur le reste du Proche-Orient (accord de Sykes-Picot, puis plan de partition de la SDN).

Que reste-t-il de ces mandats occidentaux au Moyen-Orient ?

En fait, l’héritage de cette présence française en terres arabes est à peu près le même que celui de la colonisation de l’Afrique noire ou de l’Indochine. Les relations diplomatiques ou économiques entre Paris, Beyrouth et Damas ne sont pas vraiment au beau fixe, en raison des vélléités anti-occidentales des dirigeants libanais (le Hezbollah) et syrien (Bachar El-Assad) mais il n’en reste pas moins que ces deux pays font partie du monde de la francophonie.