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Al Baas : L'ennemi de l'intérieur

Catégorie : Le monde du renseignement

Découvrez ici les articles sur le monde du renseignement et de l’espionnage, afin de mieux comprendre les concepts abordés dans le roman “Al Baas”.

Pourquoi un agent secret trahit-il son pays ?

Alors que deux anciens agents de la DGSE (Direction Générale de Sécurité Extérieure), les services secrets français, font actuellement la Une de l’actualité pour avoir vendu certaines informations aux services de renseignements chinois, je vais prendre un peu de temps, dans cet article, pour vous expliquer pourquoi est-ce que des agents secrets deviennent des agents doubles (c’est ainsi que l’on appelle des officiers d’une agence de renseignements qui travaillent également avec les services secrets d’un autre pays) ?

Locaux de la DGSE, situé Boulevard Mortier, à Paris.
Bureaux de la DGSE, Paris le 4 Juin, 2015. AFP PHOTO / MARTIN BUREAU

Il existe différents leviers pour recruter une source… et donc différentes raisons de se vendre à une puissance étrangère.

Les services secrets du monde entier agissent sur deux volets : le renseignement humain (utiliser des personnes pour récolter des informations) et le renseignement technique (espionnage des outils de communication). Si dans certains pays ceux-ci sont séparés (aux Etats-Unis, la CIA s’occupe du renseignement humain, tandis que le renseignement technique est opéré par la NSA), en France, ces deux services sont centralisés sous la même agence : la DGSE.

Ici, dans cet article, nous allons nous attarder sur le renseignement humain.

Celui-ci est constitué principalement d’officiers traitants, dont le but est de recruter des sources, c’est-à-dire des personnes pouvant leur fournir des informations. Pour cela, ils possèdent plusieurs leviers, repris dans l’acronyme anglophone MICE :

  • M pour Money (Argent),
  • I pour Ideology (Idéologie),
  • C pour Compromise (Compromission),
  • E pour Ego (je pense que la traduction n’est pas nécessaire pour celui-là.

Un officier traitant choisit donc devenir un agent double pour les mêmes raisons : parce que l’agence de renseignements d’une puissance étrangère lui offre plus de prestige (égo) ou d’argent, parce qu’il partage l’idéologie d’un gouvernement étranger (ou qu’il ne partage plus celui qui l’emploie), ou bien parce qu’il est soumis à un quelconque chantage (un peu plus rare).

Voilà, vous savez désormais ce qui peut pousser un agent secret à trahir son pays. Je ne vais pas plus détailler ici l’affaire des deux anciens de la DGSE accusés d’avoir été des agents doubles à la solde des renseignements chinois, car beaucoup de choses ont déjà écrit sur le sujet.


Cet article traite d’un thème ou d’un sujet abordé dans un roman d’espionnage Al Baas : L’ennemi de l’intérieur. Découvrez ce polar

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Il y’a t-il des James Bond ou des Jason Bourne au sein de la DGSE ?

Dans Al Baas : l’ennemi de l’intérieur, il est question de la DGSE ; ce roman racontant l’enquête de Marc Delmat, un officier des renseignements extérieurs. Pourtant, si vous l’avez lu (pour les autres, vous pouvez rattraper votre retard ici), vous vous êtes sûrement rendus compte que le quotidien de cet “agent secret” français est bien loin de celui dont les aventures ont été portés au grand écran. D’où l’idée de cet article : est-ce que des “espions” tels que Jason Bourne ou James Bond auraient-ils pu travailler avec Marc Delmat, au sein de la DGSE ?

La réponse à cette question est assurément non !

Bien que je suis loin d’avoir la prétention d’avoir su retranscrire très fidèlement le quotidien des “agents secrets” français dans mon roman (cela reste une fiction, et les personnages doivent rester au service de l’intrigue, et non l’inverse), je me suis quand même énormément documenté sur le quotidien des agents de la DGSE pour l’écriture de mon polar. Et ces recherches me permettent justement de pouvoir répondre à cette question.

Tout d’abord définissons ce qu’est un agent de la DGSE.

En fait, le terme d’agent est trop souvent employé maladroitement pour désigner tous les employés de la DGSE (ou d’autres agences de renseignements comme la CIA, le MI6, Mossad ou la BND). En réalité, tous les employés de ces services ne portent pas le titre d’agents.

Ce terme agent ne désigne en fait que les personnes en mission d’infiltration à l’étranger. Un peu comme dans les films, quoi. A la différence près que ceux-ci ne conduisent pas des voitures de sport, ne couchent pas avec des espionnes étrangères et ne sont même pas armés (pour la plupart). Les armes des agents de la DGSE ne sont pas les gadgets technologiques, leur capacités athlétique ou leur sex-appeal : ils font usage davantage de leurs connaissances géopolitiques, linguistiques ou techniques. En somme, l’arme d’une agent est bien plus intellectuelle que physique.

Mais, la plupart des employés des services de renseignements ne sont pas des agents. Les “officiers” et les “analystes” forment en effet la grande majorité des rangs de la DGSE, et qui ne pas sévissent, eux, depuis l’étranger.

Les officiers, aussi appelés “officiers traitants”, sont basés à Paris, et ont pour principales missions de recruter des sources, et d’analyser et de faire remonter les informations que celles-ci leurs donnent. Il s’agit là du renseignement humain, l’une des deux sources de renseignements dont dispose les services secrets français, avec le renseignement technique.

C’est justement dans ce second corps, le renseignement technique, que l’on retrouve les “analystes”. Ceux-ci sont bien souvent des geeks qui utilisent tous les moyens technologiques possibles pour trouver les informations nécessaires à la réussite d’une mission ou le maintien de la sécurité nationale.

Locaux de la DGSE, situé Boulevard Mortier, à Paris.
Photo prise dans les bureaux de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), les services secrets français, le 4 Juin 2015. AFP PHOTO / MARTIN BUREAU

La DGSE recrute des capacités intellectuelles, plutôt que capacités physiques.

Dans la vraie vie, pas celle d’Hollywood, les agences de renseignements du monde entier recherchent des monsieur et madame “tout le monde”, capable de se fondre dans la masse, pas des super-héros. Pour avoir des yeux de partout, la DGSE (et les autres) doivent s’immerger dans toutes les cultures, et gérer des sources dans tous les pays. C’est pour cela que celle-ci a besoin, par exemple, d’avoir en son sein des agents ou officiers qui soient capables de parler toutes les langues. Etre polyglotte est donc la première qualité de l’agent. Et dans certains cas, la maîtrise d’une langue précise peut pousser la DGSE à recruter des linguistes reconnus. C’est notamment le cas dans Al Baas : l’ennemi de l’intérieur lorsque Marc Delmat recrute, pour sa mission, Elie Guemoun, un libanais, parce qu’il parle l’araméen, un dialecte qui compte peu de locuteurs.

La DGSE souhaite recruter des expertises, pas des soldats. Ainsi, les renseignements extérieurs vont chercher à enrôler des personnes qui, non seulement parle la langue des sujets qu’ils doivent analyser, mais qui ont également une habileté technique (dans un domaine en particulier, ou dans un produit ou logiciel défini) ou une connaissance géopolitique reconnue, sur une région d’une monde ou une population étrangère.

Enfin, si elle compte en son sein quelques militaires, ou anciens militaires, rappelons que la majeure partie de l’effectif de la DGSE sont des civils, pas nécessairement formés aux techniques de combat ou aux armes à feu. Les quelques anciens soldats qui rejoignent les rangs des services secrets sont intégrés au Service Action, une colonne militaire directement rattaché au Service de Renseignements Extérieurs et qui forme le bras armée de la DGSE.

Vous l’aurez compris, il y a peu de chances de croiser le sosie de James Bond ou de Jason Bourne parmi ce que l’on appelle “nos” espions. Et pourtant, même sans cela, la DGSE reste l’une des meilleures agence d’espionnage du monde. Mais c’est peut-être parce qu’il y a également peu de chances de croiser un OSS 117, et que nos agents secrets prennent leur mission un peu plus au sérieux que Jean Dujardin dans ce rôle !


Cet article traite d’un thème ou d’un sujet abordé dans un roman d’espionnage Al Baas : L’ennemi de l’intérieur. Découvrez ce polar

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