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Al Baas : L'ennemi de l'intérieur

Auteur : Sébastien Mayoux

Sébastien Mayoux oeuvre sur le web depuis quelques années. Auteur du roman Al Baas, il a également contribué sur plusieurs blogs spécialisés dans le marketing numérique et les médias sociaux, et a également créé le site d'information parodique Le Connard Enchaîné.

La présence française en Syrie et au Liban

L’explosion dramatique d’un entrepôt dans le port de Beyrouth, causant des milliers de blessés ou de déplacés et des centaines de morts, a conduit des libanais a lancé une pétition pour demander que leur pays soit placé sous “mandat français”. La population, excédée par la gestion calamiteuse de leur pays par leurs élites politiques, imaginent ainsi que l’ancienne colonie française serait mieux gérée par Paris.

Alors que le mouvement Black Lives Matter a (re)placé sous les projecteurs les héritages de la colonisation française, on a tendance à oublier que celle-ci n’a pas eu lieu qu’en Afrique ou en Asie (Indochine). L’Empire colonial français a en effet “administré” le Liban pendant l’entre deux-guerres.

Le mandat français en Syrie et au Liban : 1920-1946

À la fin de la seconde guerre mondiale, l’Empire Ottoman est défait. Ses possessions arabes au Moyen-Orient (le Liban, la Syrie, Israel / Palestine et la Jordanie actuels) sont occupés par les Alliés. Après deux ans d’occupation franco-anglaise, la SDN (Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU) décide en 1920 de confier alors l’administration de ses territoires ennemis occupés à la France et à l’Angleterre sous forme de “mandats” : Paris obtient la Syrie et le Liban (alors divisés en quatre États : État du Grand Liban, État des Alaouites, État d’Alep et État de Damas) tandis que Londres récupère la Palestine et la Transjordanie (qui deviendra la Jordanie et l’Irak).

Ces territoires n’ont pas vocation à être pleinement intégrés dans les empires coloniaux français et britannique. D’après les mandats que leur confie la SDN, ces deux pays doivent administrer ces contrées arabes le temps de les mener à l’indépendance. Pour ce faire, chacune des puissances coloniales choisira une organisation politique qui lui est propre : L’Angleterre mettra en place une monarchie en Transjordanie (d’ailleurs toujours en place, puisque régnant actuellement sur le Royaume de Jordanie) alors que la France optera pour un système républicain.

Si cette période d’occupation occidentale au Moyen-Orient rime avec modernisation de ces territoires (grands projets d’urbanisation, arrivée du tramway… ), il est cependant loin de faire l’unanimité.

Cette présence occidentale exacerbe la montée du nationalisme arabe

Pendant ces mandats, de nombreux locaux voient d’un mauvais oeil la présence de “colons” français ou britanniques. Un peu comme la mainmise occidentale sur le canal de Suez créera les prémices du nassérisme en Égypte, on assiste ici aussi à une montée du nationalisme arabe. Un sentiment qui se concrétisera à l’indépendance dans le parti Baas.

Carte des accords secrets de Sykes-Picot entre la France et l'Angleterre (1916)
Les accords secrets de Sykes-Picot partagent le Moyen-Orient entre les puissances coloniales britannique et française.

Il faut dire que beaucoup critiquent les visées impérialistes franco-britannique sur la région depuis que l’opinion publique connait l’existence des accords Sykes-Picot. Ses accords, pourtant secrets, ont été signés en 1918 entre la France et l’Angleterre et prévoyait un plan de partage de la région entre les deux empires coloniaux. Cet évènement est également considéré comme l’un des points de départs du projet sioniste visant à établir un État juif au Moyen-Orient puisque les Anglais souhaitaient maintenir un “foyer national juif” en Palestine pour s’assurer un certain contrôle sur la région (déclaration Balfour de 1917).

Mais les arabes reprochent aussi (et surtout) aux occidentaux de les avoir trahis et de ne pas avoir tenus leur parole. En pleine première guerre mondiale, des tribus arabes du Hedjaz (aujourd’hui en Arabie Saoudite) se soulèvent contre la présence ottomane dans la région et souhaitent former un état arabe. C’est la “grande révolte arabe” de 1916-1918. Le conflit s’enlisant sur le front européen, les occidentaux y voient là un moyen de déstabiliser l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne et contre lequel ils sont en guerre également. Thomas Edward Lawrence, un officier de liaison britannique alors dans la région de La Mecque, aide les insurgés arabes à prendre les armes. Si “Lawrence d’Arabie” est entré dans la légende, le rôle de la France dans cette révolte arabe est peu connue. Pourtant, dès le mois d’août 1916, Paris envoie sur place une mission militaire pour former les troupes arabes et mener des opérations à leurs côtés.

Soldats arabes avec le drapeau aux couleurs panarabes lors de la guerre du Hedjaz

Si cette grande révolte arabe donna bien lieu à la création d’un état arabe indépendant en 1918 (le Royaume du Hedjaz), son territoire en sera réduit à la côte sud de la péninsule arabique, en raison des prétentions franco-britanniques sur le reste du Proche-Orient (accord de Sykes-Picot, puis plan de partition de la SDN).

Que reste-t-il de ces mandats occidentaux au Moyen-Orient ?

En fait, l’héritage de cette présence française en terres arabes est à peu près le même que celui de la colonisation de l’Afrique noire ou de l’Indochine. Les relations diplomatiques ou économiques entre Paris, Beyrouth et Damas ne sont pas vraiment au beau fixe, en raison des vélléités anti-occidentales des dirigeants libanais (le Hezbollah) et syrien (Bachar El-Assad) mais il n’en reste pas moins que ces deux pays font partie du monde de la francophonie.

Le renseignement technologique est le nouveau nerf de la guerre

Le 19 septembre dernier, Huawei annonçait le Mate 30 et le Mate 30 Pro, ses deux nouveaux smartphones utilisant Hongmen, le système d’exploitation “maison” de la firme chinoise. Cela est la conséquence de la guerre commerciale que se livrent la Chine et les Etats-Unis, qui a obligé le fabricant asiatique à se passer d’Android, l’OS de Google. Si je vous en parle ici, c’est parce que cette anecdote reflète en effet l’importance de le renseignement technologique sur la marche du monde.

Car on entend souvent que les sanctions américaines à l’égard du fabricant chinois ne sont que commerciales ou politiques. Il n’en est rien. En réalité, tout commence par une histoire d’espionnage.

Huawei est sur la liste noire de la NSA depuis des années

Les services de renseignements américains ont l’entreprise chinoise dans le collimateur depuis des années. Ils craignaient que celle-ci utilisent ses terminaux pour espionner les citoyens des Etats-Unis. L’ancien agent Edward Snowden a même révélé que la NSA avait lancé une vaste opération de piratage contre l’entreprise asiatique en 2010.

Alors pourquoi cette paranoïa ? Premièrement, le fondateur d’Huawei est un ancien officier de l’armée chinoise, ce qui pouvait laisser craindre une certaine connivence avec le gouvernement. Deuxièmement, l’entreprise n’est pas qu’un constructeur de smartphones : il est aussi un fabricant de câbles sous-marins reliant certains pays d’Afrique et du Moyen-Orient à l’internet mondial. Les données transitant par ces fibres optiques revêtaient donc une importance stratégique pour la Maison Blanche, tant on sait à quel point ces régions du monde comprennent de “cibles de haute priorité” pour le Pentagone.

En matière de renseignements, l’échange d’informations et le jeu des alliances sont de mise

Dans ses opérations de collecte des données du web (comme le fameux programme PRISM) ou d’opérations de piratage ciblées, les États-Unis ne font pas cavalier seul. Ils sont notamment aidés par les services de renseignements britanniques, canadiens, australiens et néo-zélandais. Ces cinq pays (États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande) font en effet partie des “five eyes”. Selon les termes de cette alliance, les pays collaborent en terme de renseignements et ne s’espionnent pas les uns les autres. D’ailleurs, la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, a été arrêtée en 2018 au Canada, sur demande de l’administration Trump.

Bref, si je vous ai souvent parlé du renseignement humain sur ce blog, le renseignement technique est aussi très important et, comme cet article le montre, l’espionnage est aussi technologique. Il convient donc d’apporter une attention toute particulière à nos données et à leur protection.

Sources :

La Savoie, terre de polars et d’espions

Mêler un Savoyard à une affaire de terrorisme, dans le climat des attentats de 2015, voila qui n’est pas banal” écrivait Pierre Dompnier le 1er novembre 2018 dans La Maurienne à propos de mon roman Al Baas. Et faire venir des agents des renseignements français jusqu’en Savoie ne l’est pas non plus… Quoique…

Ces derniers mois nous ont rappelé que mon polar n’était pas si loin de la réalité. Les Pays de Savoie, et plus particulièrement la Haute-Savoie, seraient un véritable nid d’espion. Et ça ne date pas d’aujourd’hui.

Des espions tueurs russes à Annemasse, Evian et Chamonix entre 2014 et 2018

Le Monde a récemment révélé une affaire d’espionnage digne des plus grands polars : une quinzaine d’officiers du renseignements militaires russes (le GRU) auraient séjourné régulièrement dans les villes d’Annemasse, d’Evian de Chamonix et d’autres bourgs de la région entre 2014 et 2018.

Ceux-ci auraient même fait de la Haute-Savoie une base arrière pour leurs opérations clandestines. Car ils faisaient partie d’une unité spécialisée dans les assassinats ciblés, appelée 29155. Au moins l’un de ces tueurs du Kremlin aurait participé à la tentative d’empoisonnement de Sergueï Skripal (lui-même ex-membre du GRU) en 2018.

Des Alpes, les agents russes allaient et venaient dans toute l’Europe, profitant de la localisation centrale de la Haute-Savoie. Ils se seraient rendus en Bulgarie et dans d’autres pays depuis leur camp de base haut-savoyard.

Un ancien officier de la DGSE assassiné par balles au bord du Lac Léman en 2019

Quelques mois avant les révélations de la présence de ces espions russes dans la région, la Haute-Savoie avait déjà fait parler d’elle en matière d’espionnage. En mars 2019, un ancien officier du Service Action de la DGSE, Daniel Forestier, avait été retrouvé criblé de balles dans le massif de Voirons. Il avait été soupçonné d’avoir fomenté l’assassinat d’un opposant politique congolais, Denis Sassou-Nguesso quelques mois auparavant (septembre 2018). Bien qu’il fut finalement relaxé, cette zone d’ombre laissait entrevoir un possible règlement de compte. Une piste kazakhe sera également évoquée.

Pourtant, depuis qu’il avait quitté les services de renseignements, l’homme menait une petite vie paisible. Il vivait à Lucinges, où il avait tenu un bar-tabac. Il avait même été conseiller municipal et occupait son temps libre en écrivant des polars. Il était en effet l’auteur de plusieurs romans d’espionnage, inspirés de son passé et dont l’intrigue se passait, là aussi, en Savoie.

L’espionnage en Savoie, une riche histoire

Mais on n’a pas attendu l’année 2019 pour voir des histoires d’espionnage dans les pays de Savoie. Au Moyen-âge déjà, le Duché de Savoie était un enjeu géostratégique. En raison de sa localisation, toutes les voies de communications entre les Royaumes d’Italie et la France (courrier, marchandises, personnes) y transitaient et les cours d’Europe voulaient y avoir des yeux et des oreilles.

Pendant les deux guerres mondiales, la région de Genève (et sa partie savoyarde) ont toujours été un “terrain de chasse fertile” pour les espions, en raison de sa position centrale, située entre la Suisse restée neutre et la France et l’Italie, alliés puis ennemis. Le 14 juillet 1916, Max Oès, un espion suisse, est arrêté en gare d’Annemasse. Dans les années 1940, pendant l’Occupation allemande, les abords du Lac Léman et la Haute-Savoie étaient un haut lieu de la résistance, notamment de le massif des Glières.

Cet article traite d’un thème ou d’un sujet abordé dans un roman d’espionnage Al Baas : L’ennemi de l’intérieur. Découvrez ce polar

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